Pourquoi le challenge du Digital Cleanup Day vous motive-t-il ?
Anna Gril : Le déchet physique vient heurter nos modes de consommation. Le déchet numérique, lui, vient heurter notre addiction aux outils numériques. J'aime bien venir bousculer les mauvaises habitudes, questionner nos pratiques quotidiennes, en lien avec notre impact environnemental.
Le Digital Cleanup Day permet de sensibiliser le plus grand nombre aux impacts du numérique. Il y a une partie “données”. On nettoie ses données pour prendre conscience de tout ce qu'on accumule – ces douze versions d’une même vidéo, ces films qu'on ne regardera jamais, etc.
Et il y a la prise de conscience que le cloud, c'est tout sauf léger et immatériel : ce sont de gros serveurs, des câbles, des ordinateurs, des téléphones, des tablettes. Et donc énormément de ressources physiques – terres rares, métaux précieux – pour les fabriquer.
Face à la croissance exponentielle de l'IA, et donc des impacts du numérique, le Digital Cleanup Day a-t-il encore un sens ?
Anna Gril : C'est effectivement assez perturbant, mais c'est aussi ce qui est intéressant à aller bousculer. World Cleanup Day - France travaille en tandem avec l'Institut du Numérique Responsable. L’idée est de provoquer des prises de conscience, d'intégrer des préconisations et des bonnes pratiques, pour utiliser entre autres l'IA de façon mesurée, dans une logique de prévention.
Comment cultivez-vous votre engagement face à cette montagne qui s’élève devant vous ?
Anna Gril : Ce qui aide à faire face à cette montagne, et à l’appréhender plutôt comme une belle balade, c'est le collectif, le faire ensemble. On a une équipe super, de salarié·es, de bénévoles ultra engagés·es, de très fortes personnalités. Alors c'est rempli de challenges, mais l'humain me passionne. Cette force du collectif, j'adore ça.
C'est quelque chose qui se nourrit, qui s'entretient. Nous sommes portés par un courant commun, mais avec nos personnalités. Il faut donner sa place à chacun·e, amener à dépasser nos difficultés à travailler les un·es avec les autres. Il y a des dynamiques humaines magnifiques. Ça, c'est un truc qui me fait vibrer complètement.
Ce qu'on arrive à construire dans l'associatif est incomparable parce qu'il y a peu d'enjeux financiers ou de pouvoir. Par les temps qui courent, être sur des projets positifs qui fonctionnent au collectif, à l'énergie positive, c'est juste du pain béni, c'est vital.
Alors, on peut regarder le monde et dire que non, tout ne part pas en cacahuètes. Je vois une foule de gens fantastiques autour de moi. Il y a des prises de conscience et des mobilisations collectives magnifiques.
On est plus de sept milliards sur Terre. Pourquoi se ferait-on dicter ce qu'on est censé faire par quelques hallucinés qui pensent contrôler le monde. Oui, chaque action individuelle est utile. Moi, c'est ça mon moteur. C'est une forme de résistance, mais une résistance joyeuse.
Quelles sont les clés pour réussir à faire travailler des personnes très différentes ensemble ?
L’écoute, la bienveillance, la communication. Quand il y a un problème, on le prend à bras le corps, on en discute. Souvent, lorsque l’on est dans des postures très rigides, très énervées, c'est qu'il manque de l'écoute.
On a aussi créé un groupe qu'on appelle gouvernance participative où régulièrement, on reprend des sujets de gouvernance de l'asso avec un cercle un peu plus large que le cercle habituel du CA, du bureau, des bénévoles les plus rapprochés pour intégrer les gens dans la réalité de la vie d'une asso et de sa gouvernance.