Inspiration Solidaire : le bénévolat avec Parrains Par Mille

« Ça m'a bouleversé de rencontrer un gosse que je voyais comme un super héros »

 Emmanuel Beaufils (Parrains par mille) 

 

Ce sont des enfants et des jeunes issus de familles monoparentales ou isolées, confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et/ou jeunes migrants en centres d'accueil. Et ils ont plus que tout besoin d’une personne à leur côté pour ouvrir ces portes qui semblent si fermées au départ.

C’est là qu’intervient Parrains Par Mille. En organisant une rencontre avec un parrain ou une marraine, l’asso les accompagne pour traverser cette situation de vulnérabilité. Simplement grâce à de bons moments de vie partagés.

Emmanuel Beaufils, entrepreneur dans le domaine du conseil aux entreprises, est parrain bénévole de Mehdi*, pris en charge par l’ASE. Il raconte sa rencontre avec ce jeune de 15 ans dont il a peut-être autant transformé la vie que Mehdi la sienne. 

L'association Parrains Par Mille cherche ses prochain·es parrains et marraines : participez à l'une des cinq missions de bénévolat sur Diffuz.

*le prénom a été changé pour garantir l’anonymat du jeune

Lucius - Emmanuel BEAUFILS

Emmanuel Beaufils

(Parrains Par Mille) 

 

En quoi ça consiste, un parrainage ?

Emmanuel Beaufils : Alors il faut trouver des idées, et ce n'est pas toujours facile, parce que Mehdi est d’abord un ado.
Au début, je lui ai fait découvrir des choses qui me plaisaient et qui n'étaient pas trop éloignées de son univers. On est par exemple allés au Parc de la Villette, où il y a de nombreuses activités culturelles, souvent gratuites. L’idée est aussi de faire des choses accessibles.
Un jeune étranger sur le territoire a besoin de clés pour comprendre ce qui l’entoure – comment ce musée est financé, s'il a le droit d’y rentrer, ce qu’il y a dedans, ce qu’est un tarif réduit. Ce sont des petites clés de lecture que j'ai appris à transmettre.
Et puis, on se retrouve beaucoup autour de la nourriture, les choses que l'on aime manger ou se faire découvrir. On fait des fois des restos qui ne payent pas de mine, des petits bouibouis où l’on peut se faire goûter des plats que l’un ou l’autre ne connaît pas.

 

Qu'est-ce que ça vous fait, à vous, d'avoir cette relation en plus dans votre vie ? 

Le point de départ, c'est vraiment cette envie de favoriser le vivre ensemble. Ça correspond aussi à ma personnalité : j'aime bien découvrir les gens, leur histoire. Et en tant que fils unique, j’ai été assez privilégié. Quelque part, c'était rendre une partie de la chance que j'ai eue.

C'était assez étrange, mais j’ai rencontré Mehdi alors que je traversais de grosses épreuves. Et de faire sa connaissance, alors qu’à 14, 15 ans, il a déjà vécu une histoire vraiment pas facile, avec le deuil, la peur, le doute, le travail, une nouvelle langue, le tout en quelques années de vie… 

Cela maintient une conscience aiguë des possibilités et de la chance qu'on a, et de la combativité qu'on doit continuer à avoir. Je suis assez ému rien que d’en parler, parce que ça m'a bouleversé de rencontrer un gosse que je voyais comme un super héros. Je me suis senti extrêmement chanceux de pouvoir l’accompagner. C'était super motivant de l'aider.

 

Est-ce quelque part comparable à une forme de fraternité ? 

Oui, j'ai parfois l'impression d'être comme un grand frère. Aujourd’hui, il fait un peu partie de la famille, même s’il faut rester au bon endroit, car il a aussi sa famille à lui.

J’essaie en tout cas de lui rappeler toutes les possibilités qu'il a et tous les rêves qu'il a le droit d’avoir. Et c’est un job à plein temps de conscientiser les possibilités énormes que l'on a, nous, en tant qu'occidental.

C'est quelque chose que je prends au sérieux. Je suis tombé sur un jeune homme génial.

 

Comment l'association vous accompagne-t-elle ?

Il y a dès le départ une petite évaluation, très sympathique. Et au moment de la rencontre beaucoup de conseils et un suivi sur les choses à faire ou non, les petites erreurs à éviter. Car encore faut-il se rappeler l'état d'esprit d'un jeune de 15 ans, dans cette étape de construction de sa vie, et encore plus avec des parcours comme celui de Mehdi, qui a traversé la moitié de l’Afrique et l'Espagne, pour rejoindre la France, qui a peut-être un vécu dont vous n'avez pas idée.

Et ensuite, à vous de jouer. L'asso lâche plus ou moins prise en fonction de la façon dont ça se passe. L'accompagnement est vraiment intelligent, on est accompagné par des personnes de tous âges, et le suivi est à la fois sérieux et doux. On sent qu'on est en train d'accompagner un jeune de l'aide sociale à l'enfance et qu'on n'est pas là pour faire n'importe quoi.