« Le monde associatif et les bénévoles sont pour moi des magiciens de l'humanité » – Dominique Ktorza (Réseau Passerelles)
Garantir des vacances à tous les enfants, même en situation de handicap, léger ou lourd ? Oui, répondent de concert, et depuis 15 ans, les équipes du Réseau Passerelles. Et au premier chef, sa présidente Dominique Ktorza. Alors qu’en France, 43% des 430 000 familles bénéficiaires de l’allocation enfants handicapés renonçaient, en 2021, à partir en vacances, le Réseau Passerelles tente de lever tous les freins au départ. Pour réussir, l’association garde pour elle l’élan de son fondateur Laurent Thomas, décédé en 2023, une équipe de 250 professionnels du soin pendant la saison, des lieux volontaires, des moyens médicaux et des jeux adaptés. Et l’énergie de son actuelle présidente, Dominique Ktorza, ex-directrice des politiques sociales à l‘Agence Nationale pour les Chèques-vacances, et membre du conseil d’administration de Vacances & Familles. « Ce n'était pas comme ça que j'avais envisagé ma retraite », dit-elle pour blaguer. Mais au fond, Dominique ne se serait pas vue ailleurs. Rencontre. |
Notre entretien a lieu alors que les incendies ravagent les forêts de pins en Gironde. Comment cet événement vous impacte-t-il ?
Dominique Ktorza : Nous sommes à une centaine de kilomètres du feu et depuis la fin de la semaine dernière, nous essayons de mettre nos familles à l'abri. Et il y en a beaucoup. Certaines familles sont effondrées. Elles attendent cette semaine de vacances impatiemment toute l'année, et c'est parfois compliqué de trouver des solutions alternatives.
Nous prenons en charge les enfants en situation de handicap au sein d’un « club », et celui-ci ne s'improvise pas, il faut trouver des professionnels pour les accompagner. C'est tout un travail d'accompagnement, avec plus de 250 saisonniers – professionnels de santé, éducateurs spécialisés, ergothérapeutes – pour prendre en charge un enfant en situation de handicap moteur, physique, mental ou en raison d’une maladie.
Certaines familles étaient au VVF de Lège Cap Ferret, qui a été totalement évacué. D’autres ont dû partir plus tôt ou allaient arriver. Il a fallu décaler des dates, trouver d’autres lieux. Nous avons enfin envoyé des professionnels sur les lieux de séjour des familles, notre mission historique chez Réseau Passerelles.
Quels dispositifs mettez-vous en place ?
Depuis le départ, nous proposons à des familles séjournant dans le lieu de leur choix de prendre en charge quelques heures leur enfant handicapé, ou l'ensemble de la fratrie, pour se reposer et se retrouver, ce sont les séjours à la carte. Depuis, le dispositif s'est étendu à des séjours collectifs de répit.
Pour les enfants ne pouvant pas être pris en charge dans des clubs enfants traditionnels, notre fondateur Laurent Thomas a imaginé monter sur place nos propres clubs enfants. On amène tout le matériel médical nécessaire – tapis, matelas de sommeil, chaises de douche, etc. – et tous les jeux pour que les enfants puissent passer des vacances comme tout le monde. Cela dans 70 destinations.
Nous tenons à notre promesse de répit et d’accueil inconditionnel dans tous les lieux de vacances, pour toutes les formes de handicap. À noter que 10% de nos familles ont plus d'un enfant en situation de handicap. Nous mettons en place dans nos clubs un professionnel par enfant, voire deux quand les handicaps sont plus lourds.
Quelle place ont les bénévoles au sein de l'association ?
Jusqu'à peu il n'y avait pas de bénévolat. En 2023, au décès de Laurent Thomas, on a bénéficié de la générosité exemplaire de l’association Vacances & Familles. Au-delà de la coopération importante et de la mutualisation des compétences, Vacances & Familles a apporté son réseau extraordinaire de 1 500 bénévoles.
Ces derniers ont tout de suite adhéré au projet de Réseau Passerelles et nous aident énormément. Ils peuvent accueillir nos familles sur nos sites communs, emmener faire des courses une famille monoparentale avec un enfant en situation de handicap, nous aident à déballer des cartons pour installer nos clubs passerelles…
J'espère que demain, nous pourrons nous appuyer sur un réseau bénévole d’infirmières ou « d’éducs spé » à la retraite pour venir accompagner ces enfants dans les clubs. Le monde associatif et les bénévoles portent les politiques de cohésion sociale, avec des moyens restreints. Ce sont pour moi, véritablement, des magiciens de l'humanité. Qui sont parfois plus émus que nos familles.
Vous êtes depuis 30 ans engagée dans l'action sociale. Quand on est engagé, c'est l'histoire d'une vie ?
Je suis un peu tombée dans la soupe de l’action sociale comme Obélix. Il y a des engagements de 30 ans qu’on ne quitte pas, on choisit simplement une autre manière de les porter. Depuis trois ans, je poursuis un peu différemment, mais avec beaucoup de conviction. C'est un dispositif qui est vraiment remarquable.
Il garantit à des familles une démarche inclusive, la promesse de répit, l'accompagnement en amont, la coordination avant le départ. Des petits passeports enfants sont remis au responsable des clubs Passerelles pour que rien ne soit oublié. On assure la continuité des soins, des plans d'aide individuels et des protocoles.
Et puis, quand vous entendez ces familles, que vous les voyez se reposer, lâcher prise, confier leur enfant, retrouver leur couple. Cette maman qui peut s’autoriser à aller au restaurant. C’est tout ce petit monde-là qui respire. C'est une petite parenthèse, mais pour eux un grand pas pour le reste de l'année.
👉Pour rejoindre l’association : devenez bénévole sur Diffuz.
Article en partenariat avec Pioche.